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Le droit
international d'insolvabilité gagne des points
Nouvelles de la campagne 2000
Centrée sur la question
vitale de la dette des pays les plus pauvres, la Campagne
cuménique de Pain pour le prochain et de l'Action de Carême
2000 "Trêve
et puis changer" demandait l'introduction d'un droit
international d'insolvabilité, c'est-à-dire d'une
procédure transparente et équitable permettant aux Etats
surendettés de bénéficier d'une remise de leur dette
lorsque son paiement met en péril la satisfaction des besoins essentiels
de la population.
Lancée par un symposium
international, cette proposition novatrice a reçu un accueil positif,
tant auprès des paroisses que des médias. En trois mois, la
pétition adressée au gouvernement suisse via ses
représentants auprès de la Banque mondiale et du Fonds
monétaire international (FMI), a récolté plus de 18 000
signatures, grâce notamment à l'organisation de conférences
et de manifestations par divers groupes locaux. Figurent sur la liste de
nombreuses personnalités comme Michel Bühler
(chanteur-écrivain), Jacques Zwahlen (Veillon), Claude Torracinta
(journaliste) ou Jean-Jacques Schwaab (conseiller national). Signe de cet
impact, un sondage effectué par l'Institut MIS-Trend a
révélé que 53% des Romands ont entendu parler du droit
d'insolvabilité. Etant donné la complexité et le
degré d'abstraction du thème, ce chiffre est extrêmement
encourageant.
Dans leur réponse à la
pétition, les directeurs exécutifs de la Suisse auprès des
institutions de Bretton Woods Roberto Cippa et Matthias Meyer ont estimé
que la revendication des organisations d'entraide allait trop loin et que
l'initiative du FMI pour les pays pauvres très endettés ainsi que
la nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté de la Banque
mondiale suffisaient pour résoudre le problème de la dette. Ils
oubliaient par là-même deux choses. D'une part, que des pays
émergents très endettés comme le Mexique, le Brésil
ou l'Indonésie - justement les plus touchés par les crises
financières de ces dernières années - ne sont pas assez
"pauvres" pour pouvoir profiter de ces mesures. D'autre part, que les
programmes en question, très séduisants sur le papier, sont
jusqu'ici loin d'avoir fait leurs preuves sur le terrain.
Une procédure internationale
d'insolvabilité n'a une chance de devenir réalité que si
elle est portée par une réelle volonté politique. Pour
cela, il est nécessaire d'en faire un enjeu au sein des institutions
officielles. Dans ce but, le conseiller national libéral Christoph
Eymann, président de Pain pour le prochain, a déposé fin
mars une motion demandant au Conseil fédéral de s'engager pour
l'introduction d'un tel droit. Le 4 octobre, le Conseil national a
décidé de transmettre cette motion au Conseil
fédéral sous la forme d'un postulat. Au-delà de la
réponse formelle à ce postulat (qui est négative), nos
autorités auront-elles la volonté et l'imagination politiques
à même de répondre au désir de justice de la
société civile ici et ailleurs? Un travail de lobbying au double
plan international et national est nécessaire.
Dans cette perspective, en
prolongement de la Campagne cuménique 2000, plusieurs
organisations d'entraide et représentants de la société
civile du Sud et du Nord ont créé une plate-forme de
réflexion et d'action. Devant certaines réactions
négatives du Sud à l'égard du mot "insolvabilité",
ils ont rebaptisé le droit international revendiqué en "processus
d'arbitrage équitable et transparent". Des études de
faisabilité sont en cours dans plusieurs pays, en particulier en
Equateur et en Indonésie. L'une des questions à résoudre
est notamment de savoir quelle instance supranationale pourrait intégrer
un tel service d'arbitrage pour une gestion durable de la dette.
Michel Egger |
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