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Le rôle de l'argent dans l'élaboration de projets

On ne parle pas d'argent, c'est tabou. Mais nous - les oeuvres d'entraide - avons décidé d'en parler. Les donateurs et donatrices ont le droit de savoir ce que les oeuvres d'entraide font de leur argent et à quelles réalités "financières" elles sont confrontées dans leur travail.

Qu'attend un donateur d'une oeuvre d'entraide? Que l'argent qu'il donne soit bien utilisé. Les oeuvres d'entraide ne sont pas des banques, mais elles recourent elles aussi aux services de professionnels qui veillent à ce que l'argent investi porte des fruits. Il est ici question de "capitalisation d'intérêts" qui prend la forme d'un travail touchant au développement spirituel et matériel de l'être humain. La matérialisation du franc donné en une poignée de riz, par exemple, relève presque du miracle, mais n'en est pas un. Les oeuvres d'entraide emploient des experts dans les domaines de l'agronomie, de l'économie, de la théologie, de l'histoire et de la sociologie. Ces experts étudient les demandes de projets et participent au travail concret du projet; ils ne remplacent jamais les travailleurs locaux, mais les guident dans leurs tâches. Plusieurs contrôles de qualité sont réalisés pendant la durée d'un projet. On ne perd jamais des yeux l'argent du donateur.

Editorial
Les placements socialement responsables
Le rôle de l'argent
dans l'élaboration des projets
Quelle architecture financière pour quel développement ?
Des proverbes sur l'argent

Le contrôle, c'est bien, la confiance, c'est encore mieux

En simplifiant, un projet se déroule de la façon suivante: les responsables de projet au sein de l'oeuvre d'entraide vérifient chaque requête et demandent les compléments d'information nécessaires. Il faut souvent refuser des demandes de projets ou les renvoyer pour révision, parce que ces projets ne sont pas mûrs. Ce n'est pas le ou les responsable/s de projets en Suisse qui, en dernier ressort, acceptent ou refusent la demande de projet, mais les instances supérieures. Une condition primordiale pour qu'un projet soit accepté: que ce dernier présente un budget réaliste correspondant aux objectifs définis. L'oeuvre d'entraide et le responsable du projet entrent alors dans une relation contractuelle. Ce contrat prévoit une obligation de rendre des comptes. Autre condition stipulée dans chaque projet: l'obligation de fournir des rapports, des décomptes et des révisions de la comptabilité effectuées par un organe de contrôle dans le pays du projet. L'argent provenant de dons est généralement versé par acomptes. Le deuxième acompte ou les acomptes suivants ne sont versés qu'après obtention d'un rapport intermédiaire avec des comptes.

Le contrôle c'est bien, la confiance c'est encore mieux. Mais la confiance ne tombe pas toute cuite dans l'assiette. Elle se construit. Les responsables de projets disposent de plusieurs outils de travail: ils vont voir régulièrement leur partenaire du projet. Ils participent parfois à des évaluations du projet. Certains programmes nationaux disposent de consultants temporaires ou fixes. L'oeuvre d'entraide participe donc sous diverses formes à la vision prospective, aux objectifs définis ainsi qu'à la planification du projet, au budget, à la réalisation et au contrôle. De ces relations naît souvent un partenariat, fondé sur des liens étroits et durables, ce qui est la meilleure garantie d'une utilisation judicieuse de l'argent des donateurs.

Attitude envers l'argent

Les "femmes d'affaires" au Ghana et ailleurs en Afrique ont leur comptabilité dans la tête. Aux Philippines, on additionne les pesos au marché, et seulement au marché, en espagnol: uno, dos, tres... mais cela s'arrête là. Le rapport à l'argent y est un héritage précolonial, de l'époque précédant l'apparition de l'argent. Les obligations sont définies en fonction de la situation sociale: un prêt non remboursable à l'oncle malade est un devoir et aura toujours la priorité sur le paiement d'une traite à la banque. Ce n'est qu'au moment où moi-même - le prêteur - je tombe malade que je pourrai compter sur le remboursement de mon prêt à mon oncle.

Au Caire, comme presque partout dans le monde, les femmes ont su former d'efficaces groupes de crédit et d'épargne. Elles mettent leur argent dans un pot. Ce capital ainsi constitué sera prêté à tour de rôle à chacune des participantes. Il est rare qu'une participante ne rembourse pas. La pression sociale serait trop grande. Dans de nombreux pays du Sud, les deux systèmes coexistent: le système formel de crédits bancaires avec intérêts, de caisses d'épargne, de prêts avec garanties, etc. - et le système informel. Les deux systèmes sont fondamentalement différents. Le système informel ne comporte pas de documents écrits et il est souvent contrôlé par les femmes. Le système formel, en revanche, s'appuie presque toujours sur des accords écrits, ainsi que sur des comptabilités simples ou complexes, et ce système est le plus souvent entre les mains des hommes. Il y a matière à conflit lorsque les deux systèmes interfèrent.

On ne peut imposer à personne de tenir une comptabilité, même pas un "carnet du lait". Dans le cas d'un projet, il s'agit de jeter un pont entre deux mondes. Les responsables de projet dans les oeuvres d'entraide et le conseiller sur place ont pour tâche d'initier en douceur le partenaire de projet qui a de la peine à tenir une comptabilité - ce qui n'est, de loin, pas le cas de tous les partenaires - au principe de comptes rendus répondant aux normes internationales. Il s'agit de convaincre les partenaires que le contrôle financier fait partie de la planification, de la réalisation et de la procédure de décompte, donc que ce contrôle représente un aspect incontournable de la réussite d'un projet. Car un bilan lumineux n'est pas nécessairement gage d'honnêteté. La corruption se cache la plupart du temps derrière d'élégantes colonnes de chiffres. Le soin et l'attention, les rapports et la qualité des partenaire sont des notions étroitement imbriquées. Les donateurs et donatrices en Suisse font confiance à "leur" oeuvre d'entraide, parce qu'ils se sentent proches de ses objectifs, parce qu'ils s'intéressent à son travail et pas seulement sur la foi de son rapport annuel financier. Il en va de même pour les oeuvres d'entraide. Sans rapport de confiance, tout se résume à une acrobatie des chiffres.

L'action de l'argent

Faire un don est très gratifiant. C'est très simple. En donnant mon argent dans la mesure de mes possibilités à une œuvre de mon choix, je lui signifie ma confiance. Ma contribution au bien-être d'un groupe d'êtres humains défavorisés ne portera que rarement préjudice à mon budget personnel. Mais il est agréable de savoir que ce que je donne peut aider quelqu'un qui en a vraiment besoin.

La notion de prospérité est liée au développement économique. Des milliers de francs donnés contribuent à une amélioration des conditions économiques pour de nombreuses populations du Sud, que ce soit directement sous forme de semences, d'outils ou indirectement sous forme d'écoles professionnelles ou de mesures préventives dans le domaine de la santé. Les dons ont des ramifications: une fois la faim et la soif résolus, les gens vont encore trouver du temps pour eux-mêmes ou pour veiller à leurs droits. Au lieu de prospérité, il vaudrait mieux parler de bien-être. Car dans ce cas, on inclurait le bien-être spirituel et matériel des êtres humains. En collaborant à des projets, les populations du Sud apprennent à sauvegarder l'essentiel. Elles sont avant tout actives dans le secteur informel. Le développement économique moderne essaie précisément de supprimer le secteur informel, le faisant passer pour un signe de retard économique. Il n'est toutefois ni souhaitable ni même possible de réaliser l'idée occidentale de progrès: les ressources pour le faire n'existent pas sur la planète. Les projets essaient de créer des espaces ouverts qui permettront aux populations locales de former un certain front de résistance face au déséquilibre de la mondialisation ou alors d'y participer dans une certaine mesure sans y perdre trop de plumes. En d'autres mots, les oeuvres d'entraide vont préférer en règle générale une banque de riz pour une centaine de travailleurs indiens endettés à un projet technique brillant. Le don crée la communauté.

Max Sigrist



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La campagne «Civiliser l'argent» est organisée par
«Pain pour le prochain» et «Action de Carême»

Ces pages ont été actulisées le 18.1.2001. Le Copyright est à Npocom AG.
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